Bébé pleure alors qu’il a bien mangé, bien dormi et que sa couche est sèche. Il n’a pas de température et semble n’avoir mal nulle part. Pourtant il continue de pleurer. Mais pourquoi bébé pleure-t-il autant ?

Pourquoi bébé pleure ?

Bébé pleure lorsqu’il ressent du déplaisir qu’il veut faire cesser tout de suite. Car un bébé, en tout cas durant les premiers mois de sa vie, a une expérience très basique de la vie. En effet tous les événements qui le concernent sont traités de deux façons : j’aime / j’aime pas. La psychanalyse parle de plaisir / déplaisir.

Donc quand rien ne va plus et que bébé n’a aucun public à portée de main, il doit trouver un moyen de se faire entendre et vite. Et la meilleure façon d’y parvenir est d’utiliser un outil suffisamment puissant, pour donner envie aux adultes du coin d’intervenir rapidement. Cet outil, vous l’avez deviné, ce sont les pleurs. Et comme la nature est bien faite, elle a fait en sorte que les pleurs soient désagréables afin que quelqu’un intervienne rapidement. Car les pleurs, pour les oreilles, c’est mieux quand ça s’arrête.

Une expérience scientifique a même montré que le cerveau des mamans est particulièrement sensible aux pleurs de bébé. En d’autres termes, une maman réagit beaucoup plus aux pleurs de son Bout’chou que n’importe quelle autre femme. Et de ce fait, elle est poussée à faire quelque chose (câliner, donner à manger, surveiller la température…) pour faire cesser ces pleurs.

Les pleurs sont-ils une sorte de communication ou de langage comme on l’entend souvent ? Non, c’est une idée fausse (et fort répandue). Car pour communiquer il faut vouloir le faire. Or, durant les premiers mois de sa vie, le cerveau de bébé est trop immature pour vouloir consciemment communiquer. Bébé fonctionne essentiellement par réflexe. Et pour les pleurs c’est la même chose, ce sont des réflexes qui se mettent en marche quand quelque chose ne convient pas. D’ailleurs la neurobiologie a montré que les pleurs proviennent non pas du cortex (le centre du raisonnement), mais du cerveau limbique (le centre de nos instincts).

Bébé pleure pour différentes raisons

Les deux types de pleurs

Un bébé, forcément, ça pleure. Et oui, il n’a que très peu de moyens à sa disposition pour se faire comprendre. Du coup, il pleure en long, en large et en travers. Et comme le cerveau des mères est câblé pour répondre aux besoins de Bout’chou (et que les pleurs ça cassent les oreilles), on a tendance à vouloir les calmer le plus vite possible. Mais c’est ignorer que les pleurs ont différentes significations. Et oui, il existe deux types de pleurs :

  • les pleurs d’irritation : quand on a mal ou qu’il nous manque quelque chose,
  • les pleurs d’émotion : pour décharger une tension, une émotion.

Bébé, comme tout le monde, peut pleurer parce qu’il a mal (mais aussi parce qu’il a faim, soif, est fatigué, a besoin d’un câlin…) ou parce qu’il est stressé. Et c’est tant mieux. Non pas qu’il soit stressé, bien évidemment, mais qu’il pleure. Car en pleurant bébé élimine les substances liées au stress. Ce faisant il régule son système nerveux ce qui a pour effet de provoquer la détente. Et oui, contrairement aux pleurs d’irritation, les pleurs d’émotion permettent à bébé de décharger et de réguler ses tensions, pour mieux se relaxer. C’est William Frey, biochimiste spécialiste du système lacrymal, qui le dit. Les pleurs d’émotion jouent donc le même rôle que la transpiration qui permet de se débarrasser des toxines 😉. Mais encore faut-il permettre à bébé de pleurer.

On laisse bébé pleurer ou pas ?

Car depuis quelque temps on entend et lit un peu partout que les pleurs provoquent du stress et que le stress provoque des dommages irrémédiables sur le cerveau de Bout’chou. Et c’est vrai mais uniquement dans certaines conditions.

Alors, que faire ? On laisse bébé pleurer ou pas ? Oui, on laisse pleurer bébé quand il s’agit de pleurs d’émotion, car c’est le seul moyen de lui permettre d’évacuer ses tensions. ⚠️ Attendez, ne partez pas sans avoir lu la suite… Laisser pleurer bébé ne veut pas dire ignorer ses pleurs ou le laisser gérer ça tout seul. On accompagne son Bout’chou, on le porte, on lui parle… mais sans chercher à faire cesser ses pleurs. Bien au contraire : on les accueille.

Pour ce faire, vous pouvez suivre les conseils de la psychologue Aletha Solter :

  • respirez à fond et calmement durant la durée des pleurs,
  • prenez bébé dans vos bras, tendrement, sans le bercer (car les pleurs d’émotion doivent s’exprimer pour évacuer le stress),
  • regardez-le dans les yeux et dites-lui qu’il peut pleurer,
  • caressez-lui la tête, les bras,
  • parlez-lui doucement, en verbalisant la situation : « quel gros chagrin tu as là », « quelque chose ne va pas du tout », « je suis là », « ça fait du bien de pleurer »…

Euhhhh d’accord mais comment les reconnaitre ces pleurs d’émotion ? En vous assurant que ses besoins physiques (manger, boire, dormir, être propre…) et psychologiques (besoin de sécurité, d’affection, de jouer, d’explorer…) sont satisfaits. Si c’est le cas et que Bout’chou n’a mal nulle part,  n’est pas malade mais continue de pleurer, vous avez sûrement affaire à des pleurs d’émotion.

Bébé pleure un peu, beaucoup, à la folie

Le développement affectif

Maintenant que nous savons qu’il existe différents types de pleurs, nous savons donc que les bébés qui pleurent, parfois, ne manquent de rien. Normalement, là, je viens de soulager une bonne partie des parents qui pensent que bébé pleure à cause de leurs mauvaises réponses à leurs besoins 👏.

Mais je vais être tout à fait franche avec vous : tous les parents sont forcément maladroits à un moment ou à un autre. Et aucun parent n’est capable de répondre parfaitement à tous les besoins de son enfant. Car Bout’chou, comme tous les parents ont pu le constater, n’a pas été livré avec son mode d’emploi. Mais rassurez-vous, car ce qui compte est que nous répondions, de façon générale, à ses besoins. Ce qui nous laisse une certaine marge d’erreur tout à fait acceptable pour bébé.

D’ailleurs, selon la psychanalyse, les erreurs des parents sont tout à fait bénéfiques pour le développement psychologique de l’enfant. Car ces erreurs vont provoquer de l’inconfort que bébé va vouloir dépasser. Et pour ce faire bébé devra passer au stade de développement supérieur. De stade en stade, bébé évolue, il grandit et c’est ainsi qu’il construit sa personnalité. Donc nos erreurs aident bébé à grandir. C’est pas beau ça ?

À l’inverse, des parents parfaits qui répondraient parfaitement à tous les besoins de leur enfant, ne lui donneraient pas l’occasion de se confronter à la difficulté. Un sentiment d’infériorité pourrait en découler. Vous voyez, il n’y absolument aucune raison de vouloir être un parent parfait. Et ça tombe bien car c’est impossible à atteindre. Vous pouvez me croire : j’ai essayé et ♪ je me suis  cassée le bout du nez, pirouette cacahuète 🤯.

Le tempérament

Le tempérament est :

une  prédisposition à des réactions comportementales et émotionnelles qui sont innées et qui se manifestent donc dès la naissance.

selon la définition de la psychologue Caroline Bouchard.

Et la quantité de pleurs est aussi une question de tempérament. Le tempérament est génétique, épigénétique pour être plus précise. Je m’explique : le tempérament est transmis par les gènes MAIS c’est l’éducation reçue, qui va permettre l’expression, ou la non expression de certains gènes.

Il y a des bébés au tempérament facile à vivre : les bébés souriants qui pleurent  peu. Et des bébés au tempérament difficile à vivre : ils sont peu souriants et pleurent beaucoup. Donc Bout’chou pleurera, plus ou moins, en fonction, entre autres, de son tempérament. 

Pour information, il a été constaté que les parents qui adaptent leurs exigences au tempérament de leur enfant, ont une vie de famille plus harmonieuse. Dans le cas contraire, les conflits peuvent augmenter et le tempérament de l’enfant se durcir. Là normalement, vous avez suffisamment de billes pour décider si oui ou non vous devez laisser pleurer bébé 😉…

Et la couleur du papier peint, a-t-elle une incidence sur les pleurs de bébé 🤔 ? Mais non je plaisante ! Quoique… Nous savons que les couleurs ont un réel impact sur l’humeur des individus. Essayez de trouver le calme et la sérénité dans une chambre rouge pour voir. Mais bon, de là à dire que les couleurs influenceraient les pleurs de Bout’chou…  C’est une autre histoire.

La quantité de pleurs

Certains enfants pleurent donc plus que d’autres. Mais au fait, combien de temps pleure un bébé en moyenne. Je suis sûre que vous vous êtes déjà posé la question. Et la réponse est : 100 minutes par jour en moyenne durant les trois premiers mois. Avec une augmentation dès la deuxième semaine de vie et un pic des pleurs entre la sixième et huitième semaine 🥴. Puis les pleurs diminuent progressivement au cours des deuxième et troisième trimestres.

Selon Gisèle Gremmo-Feger, pédiatre, on considère trop souvent que si bébé pleure plus de 3 heures par jour, plus de trois jours par semaine, pendant plus de

Bien-sûr, si vous avez le moindre doute, consultez votre médecin.

Les pleurs de bébé peuvent parfois devenir insupportables. Dans ce cas passez le relais à quelqu’un d’autre et sortez vous aérez. Si ce n’est pas possible, déposez bébé en lieu sûr, par exemple dans son lit. Puis isolez-vous quelques minutes dans une autre pièce et respirez profondément, plusieurs fois. Retournez voir Bout’chou une fois calmé. Vous pouvez aussi anticiper en vous entraînant au focusing, une méthode simple et efficace pour apprendre à gérer ses émotions.

Si vous vous sentez à bout, n‘hésitez pas à en parler à un professionnel de santé. Sachez aussi que l’association Enfance et Partage met à disposition des parents un numéro vert (Allo Parents bébé au 0800 00 34 56). C’est gratuit et anonyme. Vous pouvez les joindre du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h à 18h, pour vous confier et/ou obtenir des conseils. 

Bébé pleure mais pas que

Et oui les bébés ont de multiples besoins à satisfaire, certains plus pressants que d’autres. Et pour y parvenir ils doivent savoir attirer notre attention de différentes façons. Pour ce faire, il utilisent, en plus des pleurs :

  • les mouvements du corps,

  • le regard,

  • le sourire, le rire,

  • les mimiques,

  • le babillage, les vocalises,

  • et tout ces petits bruits trop mignons qu’ils produisent à longueur de journées.

Et tous ces « p’tits trucs trop mignons » n’ont qu’un seul but : qu’on les trouve trop mignons. Et oui, en les percevant de cette façon, ils nous touchent, éveillent notre instinct protecteur, notre instinct d’attachement, d’amour… Bref, tout ces p’tits trucs trop mignons que font nos enfants à longueur de journées n’ont qu’un seul et unique but : nous séduire. Car un parent séduit par son baby prend plaisir à s’en occuper. Ainsi Bout’chou est maintenu en vie. Tout le monde y trouve son compte et tout le monde est content. Même l’anatomie de leur visage (la tête ronde, le petit nez, la bouche en cœur, les grands yeux ronds, les joues rondes…) et leur odeur n’auraient qu’un seul et même but : provoquer notre instinct de protection.

Bien-sûr Bout’chou ne nous séduit pas de manière consciente, il ne nous manipule pas. Son cerveau est encore trop immature pour ça. Ce phénomène est biologique et inconscient. C’est simplement une technique de survie innée ou l’histoire de la vie si vous préférez.

Infographie récapitulative

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Ressources de l'article

  • Psychologie du développement, Ouvertures Psychologiques, Kathleen Stassen Berger, Éditions de boeck, 2ème édition, 2012
  • Le développement global de l’enfant de 0 à 5 ans en contextes éducatifs, Caroline Bouchard, collection Éducation à la petite enfance, Presses de l’Université du Québec, 2009

Cécile Dhifallah

Formatrice diplômée en sciences de l’éducation et spécialisée en parentalité positive. Je suis aussi la maman d'une ado avec qui je mets en pratique la théorie. Connaître les principes de la parentalité positive et de la psychologie de l'enfant a beaucoup facilité mon rôle de parent. J'espère que mon site facilitera le vôtre.

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